Référentiel carbone
Dès 2023, la Direction générale de la création artistique (DGCA) du Ministère de la Culture a mis en place un dispositif de référentiels carbone à destination des quinze réseaux de la création artistique, regroupant à la fois des structures labellisées (Scènes Nationales, Opéras Nationaux, Centres d’Art Contemporain, etc.), des écoles supérieures d’enseignement artistique et des équipes artistiques indépendantes.
Cette démarche vise à accompagner le secteur de la création artistique dans l’évaluation de son empreinte carbone et à définir collectivement des trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Dans un premier temps, des bilans carbone complets ont été réalisés auprès d’un panel de structures représentatif de chaque réseau, afin d’identifier et d’extrapoler les principaux impacts et facteurs d’émissions pour l’ensemble du réseau. Ces travaux ont permis la coconstruction de plans d’action et la définition de stratégies ajustées aux réalités de chaque catégorie d’acteurs.
Enfin, en 2025, sur ces bases, une étude nationale a été réalisée afin d’estimer l’empreinte carbone globale de la création artistique et d’affiner la connaissance des principaux postes d’émissions, dans le but d’orienter efficacement les politiques publiques et les actions de terrain.
Présentation des référentiels carbone des équipes artistiques
Ce référentiel carbone a été élaboré à partir de neuf bilans carbone réalisés auprès d’équipes artistiques de tailles variées, couvrant une diversité d’esthétiques, de processus de production et de modes de diffusion. Bien qu’il ne puisse prétendre à une représentativité exhaustive, ce travail a néanmoins cherché à refléter la pluralité des projets artistiques.
Les bilans carbone ont été réalisés sur la base des activités des compagnies durant l’année civile 2023. Les créations ont été analysées dans leur globalité, y compris lorsqu’elles s’étendaient sur plusieurs exercices. En revanche, les émissions liées à la diffusion des spectacles ont été prises en compte uniquement pour l’année 2023.
- Une synthèse des bilans carbone réalisés
- Les principaux leviers d’action identifiés et les préconisations proposées
- Des portraits d’équipes artistiques, illustrant la diversité des pratiques et des enjeux
Les apprentissages du référentiel carbone des équipes artistiques
Il ressort de l’analyse des bilans carbone réalisés les données suivantes : Le bilan carbone moyen des équipes artistiques étudiées s’élève à 156 tonnes de CO₂e par an, avec de fortes disparités selon les projets et une amplitude allant de 20 tCO₂e à 560 tCO₂e par an.
Les émissions liées à la diffusion des spectacles représentent en moyenne 60 % de ce bilan carbone, soit la majorité des émissions de gaz à effet de serre d’une équipe artistique en France en 2023. Ces émissions incluent notamment la mobilité des publics et des équipes artistiques, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre liées au fonctionnement des lieux d’accueil des spectacles.
Viennent ensuite les émissions liées à la création des spectacles (30 %), puis celles liées au fonctionnement de la compagnie (8 %).
De manière schématique, le bilan carbone moyen d’une équipe artistique en France peut se répartir ainsi :
- 50 % des émissions proviennent des lieux d’accueil (occupation des lieux et mobilité des publics)
- 10 % du fonctionnement de l’équipe artistique
- 15 % des déplacements des équipes artistiques et de l’hébergement
- 25 % des achats, principalement liés à la création des spectacles
Ces chiffres constituent des ordres de grandeur moyens, qui varient selon la nature, l’esthétique, l’implantation et le mode de production des projets artistiques.
Des leviers d’action et des préconisations
Les équipes artistiques disposent de nombreux leviers pour réduire leur impact environnemental.
Elles peuvent tout d’abord mettre en place une politique achat responsable, couvrant notamment les achats numériques, ceux liés à la création des spectacles, ainsi que les choix d’hébergement et de restauration des équipes. Pour y parvenir, il est recommandé d’accompagner la montée en compétences des équipes grâce à des formations spécifiques sur les pratiques d’achat responsable.
En matière de mobilité, les équipes artistiques peuvent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en appliquant des principes de report modal. Il s’agit pour elles de privilégier systématiquement les modes de déplacement bas carbone, tels que le train et les transports en commun ou d’opter pour des véhicules électriques. Dans une logique de sobriété organisationnelle, il leur est également possible de repenser la structuration des tournées : privilégier des circuits plus locaux, réduire la fréquence des tournées internationales, ou limiter le recours à des distributions internationales. Enfin, allonger la durée des séjours sur un même territoire permet de limiter les déplacements tout en renforçant la présence artistique au plus près des habitant·e·s.
La mise en œuvre de ces actions passe par un dialogue renforcé avec les lieux d’accueil et les tutelles, afin d’identifier collectivement des solutions pour renforcer l’ancrage territorial des projets artistiques et favoriser une plus grande proximité avec les habitant·e·s.
Concernant la création et la production, recourir à l’écoconception des décors en utilisant exclusivement des matériaux de seconde main, ainsi qu’optimiser la logistique et le fret dès la conception, constituent des actions majeures. Il est également possible de rationaliser les processus de création en regroupant les répétitions sur un seul lieu ou de ralentir le rythme des productions, par exemple en espaçant davantage les créations. Pour agir de manière structurelle sur l’impact de la création, un dialogue avec les lieux de création et les tutelles est indispensable, afin de repenser ensemble les rythmes de production, le rôle et le nombre des coproducteurs, ainsi que l’intégration de l’écoconception dans les projets.
Les portraits d’équipes artistiques
L’équipe artistique moyenne n’existe pas. Face à la diversité des projets et aux disparités en termes de typologie et de volumes d’activités, il est apparu nécessaire de compléter les données moyennes issues du référentiel carbone par une présentation anonymisée des résultats individuels de chaque équipe artistique étudiée.
Les portraits d’équipes artistiques offrent ainsi des réponses plus précises et contextualisées, permettant à chaque équipe d’identifier les situations les plus proches de la sienne pour établir son propre diagnostic. L’objectif n’est pas de comparer les compagnies entre elles, mais bien de définir les priorités d’action en fonction des spécificités de chaque projet.
Chaque portrait est construit selon la structure suivante :
- Une présentation du contexte et des éléments clés concernant l’équipe artistique, déclinée en plusieurs items (esthétique, budget, constitution de l’équipe, nombre de représentations et de création…);
- Une synthèse des résultats du bilan carbone, avec une répartition des émissions par poste afin d’identifier les principaux leviers d’action
- Une proposition de pistes d’action assortie d’une estimation des réductions potentielles d’émissions de gaz à effet de serre.